(contenu abonné) Cet article fait partie d’une série en quatre épisodes. La semaine prochaine, notre reporter ira à la rencontre de JCDecaux, dans les coulisses des impacts économiques de cette décision.
Après avoir expliqué la décision de Nantes de diminuer drastiquement ses affichages publicitaires la semaine dernière, The Good est allé à la rencontre des habitants pour comprendre comment cette décision est perçue.
Une décision saluée, mais invisible
Si de très nombreuses personnes saluent les actions prises par la ville de Nantes, pas un seul citoyen a constaté la moindre différence après le retrait de 120 panneaux publicitaires début janvier. « Je n’ai pas remarqué de changement, peut-être parce que nous ne les voyons plus. Les publicités font partie du paysage et notre œil s’est habitué », commence Delphine, office manager pour une entreprise nantaise. Même constat pour Pauline Lechat, qui travaille pourtant dans le monde de la communication responsable :
« Je ne sais pas si on s’en serait aperçu s’il n’y avait pas eu d’articles sur le sujet ».
Elle ajoute pourtant que si cela a un impact, c’est dans l’état d’esprit des citoyens par rapport à l’objet publicitaire : « On va enfin commencer à se poser des questions avant de se lancer dans une campagne d’affichage ». La différence serait donc davantage symbolique. Un point de vue partagé par Rosalie, médecin généraliste à Nantes : « Je n’ai pas remarqué de réduction de la publicité… mais cela change tout de savoir que ce sujet compte pour les élus nantais ».
La publicité : une victime expiatoire
Pour Manuel Canévet, dirigeant d’une agence de conseil en communication spécialisée sur le secteur public à Nantes, il y a un deuxième paradoxe notable dans cette affaire :
« Ce qui m’a frappé, c’est l’événementialisation de l’opération. Sans doute une bonne façon de changer de sujet après la pénible séquence sur la sécurité à Nantes. Mais également une forme de paradoxe : communiquer fortement pour faire savoir qu’on s’attaque à la publicité ». Une surprise que partage Hadrien Castaing, entrepreneur nantais qui, s’il comprend la démarche, se questionne sur le sens des priorités de sa ville:
« Nous avons bien plus besoin de mesures liées à la sécurité ou la mise en place d’une zone à faible émission de CO2 que d’une politique de réduction de la pollution visuelle ».
Cependant le choix de se priver d’une partie des recettes publicitaires générées par ces affichages fait débat. « Le contrat d’affichage avec JCDecaux représentait une ressource pour la métropole, reprend Manuel Canévet. Le manque à gagner est estimé à 3,5 millions d’euros par an. Ce n’est pas anodin. Dans un contexte inflationniste et de crise sociale, comment financer les services publics essentiels ? La publicité est la victime expiatoire et sans doute un peu pratique d’un débat complexe : quels combats prioritaires pour les collectivités ? Comment maintenir les finances publiques tout en faisant des choix courageux ? »
Semaine prochaine
Le choix de Nantes de réduire la publicité semble ainsi plébiscité en surface, mais questionne largement sur les impacts de cette décision. Celui de la diminution de la pollution visuelle semble invisible aux citoyens. Les impacts économiques sur le budget de la ville seront-ils également invisibles sur le long terme ? Rendez-vous la semaine prochaine pour aborder le point de vue de JCDecaux qui détient le contrat d’affichage nantais.